Le Maroc a le phosphate, mais il lui manque le soufre

Le Maroc a le phosphate, mais il lui manque le soufre
Six mois après le début de la crise au Moyen-Orient, le marché mondial du soufre reste fortement perturbé. Une situation particulièrement sensible pour le Maroc : OCP possède le phosphate, mais doit importer massivement le soufre indispensable à sa transformation en engrais.
Le problème n’a pas disparu avec les premiers signes de reprise du trafic maritime dans le Golfe. Dans une analyse publiée dimanche, RFI constate que le marché du soufre reste restreint après six mois de conflit au Moyen-Orient.
Le soufre est un maillon indispensable de l’industrie phosphatière. Il est transformé en acide sulfurique, utilisé ensuite pour produire l’acide phosphorique à partir de la roche extraite au Maroc. Sans approvisionnement suffisant, disposer d’immenses réserves de phosphate ne suffit donc pas à maintenir les chaînes de fabrication d’engrais à pleine capacité.
Le choc a été considérable. Selon BC Insight, les perturbations provoquées par le conflit avaient entraîné à la mi-juillet une perte estimée à environ 2,3 millions de tonnes de production de soufre. Les exportations mensuelles avaient diminué de plus d’un million de tonnes depuis mars, tandis que les prix étaient passés d’environ 500 dollars la tonne avant la crise à 1 100-1 200 dollars fin juin.
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Le Maroc se trouve particulièrement exposé. En 2025, plus de la moitié de ses importations de soufre provenaient du Moyen-Orient, selon Argus Media. Dès avril, OCP avait avancé des opérations de maintenance susceptibles d’affecter jusqu’à 30 % de ses capacités de production au deuxième trimestre.
OCP a dû adapter sa production
La pression s’est ensuite matérialisée dans les usines. Argus indiquait en juillet qu’OCP avait fonctionné autour de 50 % de ses capacités au mois de juin, principalement en raison du manque de soufre. Ce niveau concernait cette période précise et ne signifie pas que le groupe fonctionne encore actuellement à ce rythme.
OCP avait anticipé une partie du choc. Dans ses résultats du premier trimestre, le groupe expliquait avoir constitué des stocks de soufre avant l’envolée des prix, lui assurant une couverture jusqu’à fin juillet. Il avait également modifié son mix de production en privilégiant davantage le TSP, un engrais qui nécessite moins de soufre par tonne produite. OCP évoquait alors un marché du soufre « particulièrement tendu » et des inquiétudes sur la continuité des approvisionnements.
Le groupe avait déjà réorganisé ses lignes de production pour limiter sa dépendance aux matières premières du Golfe. Il travaille également sur des projets de récupération de pyrite et de pyrrhotite, dont la mise en service est prévue à partir de 2027 afin de réduire structurellement ses besoins en soufre importé.
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La tension ne concerne pas seulement le Maroc. ICIS estime que la disponibilité du soufre reste aujourd’hui la principale contrainte à la production mondiale d’engrais phosphatés. Près de la moitié des exportations maritimes mondiales de soufre avaient été affectées par les perturbations du détroit d’Ormuz, obligeant plusieurs producteurs à réduire leur activité.
Début septembre, les prix élevés du soufre continuaient également de peser sur les décisions des producteurs chinois. S&P Global relève que le retour des exportations chinoises de DAP et MAP reste incertain, les coûts du soufre faisant partie des principaux obstacles à une reprise normale.
Cette raréfaction place le Maroc dans une situation paradoxale. Le Royaume contrôle l’essentiel des réserves mondiales de phosphate et OCP est l’un des acteurs dominants du marché international des engrais, mais une partie essentielle de sa production dépend d’une matière première importée et directement exposée aux crises géopolitiques.
La pression est d’autant plus importante que les engrais marocains ont retrouvé cette année l’accès au marché américain et que la demande mondiale reste forte. Pour OCP, l’enjeu n’est donc plus seulement de disposer de phosphate en abondance, mais de sécuriser suffisamment de soufre pour pouvoir le transformer.
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